Quand les Moyenvicois travaillaient à Bata.
Au hasard des promenades dans la campagne mosellane, il arrive parfois que l’on découvre quelques perles architecturales qui méritent que l’on s’y attarde. Reflets d’une époque, témoins d’un passé plus ou moins proche, ils interpellent le passant. Et si, en cherchant un peu, on trouve un lien avec Moyenvic, alors il faut en faire un article pour Grain de sel.
A une vingtaine de kilomètres de notre village, entre les forêts et les cultures, semblant sortie de nulle part se dresse une improbable cité faite d’une multitude de bâtiments de briques rouges serrés les uns contre les autres. Un peu plus loin, juste derrière une petite bosse, apparaît l’usine.
Il y a quelques années encore, chaque matin, à 6h, une trentaine de Moyenvicois prenait le bus pour cette usine. Créée là, près de Moussey, au hasard d’un repérage aérien, par Thomas Bata, industriel tchèque, en 1931, elle abrita pendant plus de 70 ans les chaînes de fabrication de millions de paires de chaussures.
Ce monsieur Bata, dont la cité ouvrière prit le nom, était un adepte d’une organisation autoritaire et paternaliste. On pourrait l’illustrer par ce slogan : "vivre, penser et travailler Bata" Le personnel était recruté localement et formé par l’entreprise. Bata fournissait les logements, l’épicerie, s’occupait des loisirs, organisait les fêtes, publiait ses journaux.
Terrains de sport, gymnase, piscine, écoles, église, médecins tout était siglé Bata.
Aux petits soins pour ses ouvriers, l’entreprise attendait en retour un dévouement total. Pas un mot plus haut que l’autre, pas de revendication, silence total dans les rangs.
Mais le monde merveilleux de monsieur Bata s’est soudain écroulé pour les ouvriers lorsqu’en 2001, la direction décida de fermer l’usine. La belle organisation s’est alors fissurée et la course au profit a fait disparaitre les belles théories de management, l’esprit d’équipe et la grande famille. Les employés dévoués devenaient alors encombrants. En 2005, la liquidation définitive fut prononcée par le tribunal.
De son côté, loin de la campagne mosellane, le groupe Bata est une multinationale très prospère. Il existe un Batawa au Canada et un Batanagar en Inde. La firme Bata emploie plus de 40 000 personnes dans le monde et dispose de 4 600 magasins. Le siège est à Toronto, c’est toujours un Bata (Thomas G.), petit-fils du fondateur, qui dirige le groupe. Sa devise est «People first», les gens d’abord…
Aujourd’hui, une trentaine de personne travaille pour Bata. Sous l’étiquette LPDE (Logistique du Pays Des Etangs) les employés trient les chaussures provenant des usines européennes du groupe et les envoient dans toute la France.
La communauté de communes du pays des étangs a installé son siège au coeur de l'ancienne cité ouvrière.
Quelques entreprises se sont installées sur le site de l’ancienne usine :
PAAM industrie fabrique des bottes en polyuréthane
NTS (Nouvelles techniques du spectacle) fabrique les scènes de spectacle
Ecothermie 25G vend des fourneaux et des chaudières de granules
Procal fabrique des cartons
Archive éco stocke des documents administratifs
Zaffagni est un imprimeur apprécié
Un film, "Bienvenue à Bataville", réalisé par François Caillat, retrace l'incroyable histoire du site
Article paru en 2009 sur Grain de sel.1



Commentaires
Un ancien de Bata
J'ai connu l'époque glorieuse de Bata. Qui n'a pas été au bal du cuir, allait draguer du côté de la piscine de Bataville et, souvenez vous, les Batman étaient l'aristocratie du monde ouvrier.
Beaucoup de personnes voyaient en Bata l'avenir de leurs enfants et de leur famille.
Mais il est inutile de cracher toute cette haine.
Alors, cracher maintenant sur cette industrie qui a, que vous le vouliez ou non, donné du travail à beaucoup de monde pendant des décennies. et des formations dont beaucoup on profité et profitent encore pour leur carrière (force de vente par exemple).
Oui, les empires s'écroulent. Ainsi va la vie.
Evidemment si Mistral résume Bata à ses premiers émois amoureux, mon discours sur les travers de certains industriels n'a aucun intérêt !
Maintenant y a plus de petits chefs, plus de brimades, plus de pleurs, plus de montre, etc.....
Plus de travail non plus.
C'est mieux comme ça, non?
D'après vous, Bata était un enfer?
Pourquoi alors autant d'emplois?Renseignez vous sur les autres petits barons employeurs de la région Sarrebourgeoise .
C'était pire et moins payé.
Combien de personnes d'ailleurs faisait tout pour rentrer chez Bata. Malgré vos dires ce n'était pas un camp de concentration. Souvenez vous des manifs pour que Bata perdure. C'est un fait.
Quant à mes émois, je vous souhaite d'en avoir connu d'aussi intenses.
Pourtant jamais je n'ai assimilé tous les patrons à ce type d'industriel. Il y en a certainement de très bons et de bien pires.
Acceptez cependant quelques critiques après le flot de louanges célébrant la bonté de ce monsieur Bata. Les simples gens qui vécurent ce temps là auraient bien tort désormais de cracher dans la soupe. Mais les autres ont le droit, avec un peu de recul et quelques témoignages, de pointer les erreurs et les fautes de ces industriels qualifiés par eux-mêmes de "père" ou "bienfaiteur". Il existe aujourd'hui d'autres spécimens prompts à jouer avec la main d’œuvre bon marché corvéable à merci !!
Et comme je l'ai dit certains patrons étaient pire.
Tout le monde a assez pleuré lors de la disparition de Bata.
Bien sur que c'était du mauvais paternaliste, mais qu'importe que le chat soit blanc ou noir pourvu qu'il attrape les souris.
Montrez donc, vous et les vôtres de quoi vous êtes capable pour créer quelque chose de productif.
Vous êtes bien à l'image de votre pseudo!
Pour moi, sujet clos.
Groupons-nous et demain
L'Internationale...
Sera le genre humain !!
Tous ensemble, tous ensemble, oai, ouai!
Bien à vous.
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